Le Piano Aphone

Noté 4.00 sur 5 basé sur 1 notation client
(1 avis client)

15.00

Si vous n’avez jamais contemplé de coucher de soleil sur Mars ou encore pêché dans un lac en papier. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de discuter musique classique avec un fantôme ou de voler le vaisseau spatial du père Noël. Si vous n’avez pas de machine à écrire les rêves sous votre oreiller ou de séchoir à larmes dans votre salle de bain pour eff acer vos chagrins. Si vous n’avez jamais rencontré de cigale violoniste ou de chocolatier itinérant. Si vous vous demandez qui a bien pu grignoter la lune. Si vous ne connaissez personne qui aime assez les bonbons pour avoir des larmes sucrées. Si vous n’êtes pas encore au courant que l’on installe des hôtels dans les anacondas ou encore si vous ne savez pas à quoi peut bien servir un piano aphone.


Alors ce livre peut vous aider à rattraper le temps perdu.

Disponible sur commande

Catégories : , Étiquettes : ,

Description

Auteur : Pierre BENAZECH

Collection : Fantaisie Lunaire

Illustrateur : Wolfy d’Arkan,

illustrations intérieures Alice Farina.

ISBN : 978-2-36976-129-7

Date de sortie : 15 décembre 2013

Format broché : 98 pages

Informations complémentaires

Poids 0.200 g
Dimensions 229 x 152 mm
Auteur(s)

Couverture

Editeur

Lune-Écarlate

Genre

Fantastique, Fantasy

Illustrateur(trice)

Public

Support

Chapitre Premier Train de nuit

9 h 18…

La bruine vient lécher la ville. Je traverse un rideau de perles d’eau en quasi-suspension. On dirait des mini cosmonautes aquatiques en exercice d’apesanteur. Je les sens pétiller doucement sur mon visage, ce qui me donne l’impression de galoper dans une bouteille de limonade cosmique.

J’aperçois la gare. Les deux grosses aiguilles de la grande horloge me signalent qu’il ne me reste plus que cinq minutes avant le départ. Il faut que je me dépêche car mon train serait capable de m’oublier et de partir sans moi.

Les deux portes automatiques du bâtiment ferroviaire m’entendent arriver et s’ouvrent timidement, comme les mâchoires d’un monstre lors de son premier rendez-vous chez le dentiste. Je saute dans sa gueule et celui-ci m’avale tout cru.

Une fois à l’intérieur, je dois faire face à une foule immense et je zigzague entre les excursionnistes tant bien que mal. Précipitation mécanique, affolement temporel, emberlificotement psychique ! Calmons-nous ! Où en étais-je ? Ah oui, composter mon billet, vite ! Je cherche dans mes poches presque aussi grandes que l’univers. Clefs, portefeuille, téléphone… Pff… Il faut vraiment que j’engage un majordome lilliputien (et qui soit diplômé d’astrophysique des poches si possible !). Ça y est, j’ai trouvé mon bonheur en papier ! « Brrtz ! » je le fais croustiller sous la dent du composteur.

Je dégringole maintenant les escaliers et m’engouffre dans les profondeurs de la gare. Après quelques pérégrinations souterraines endiablées, j’accoste tambour battant sur les quais. La brume nimbant la gare m’accueille d’une caresse vaporeuse. Je m’arrête un instant, mêlant la fumée de mon souffle à celle des quais. La voie presque déserte dévoile un silence reposant, comme si la brume avait ouaté tous les bruits désagréables ; même les trains semblent somnoler sur des coussins en coton de cumulonimbus.

Je remets mes jambes en marche et nage dans cette écume nuageuse en direction de ma locomotive. Je me rends compte que j’ai oublié de regarder le numéro de la voie. Une goutte de doute perle dans mon esprit. J’adresse quelques mots embués à une dame qui semble se diriger vers le même train que moi.

— Excusez-moi, ce train va bien à C. ?

Elle sourit.

J’espère bien !

Rassuré, je monte dans le train. Ivre de fatigue, je titube dans le tube digestif du wagon à la recherche d’une place libre. De nos jours, les sièges vides sont devenus des proies de choix pour les voyageurs. Heureusement, je suis un prédateur expérimenté et je parviens rapidement à dénicher l’oiseau rare.

Je me laisse doucement tomber sur mon trône de voyageur, comme si c’était un nuage. Je m’enfonce de tout mon poids dans le siège et j’entends la mousse du fauteuil crisser sous mon dos. Mes paupières s’embrassent et un mistral de fatigue s’échappe de ma bouche : « Pfffff ». Qu’il est bon de s’asseoir !

Grblll… Un orage miniature se déclenche dans mon ventre, alarme me signalant que la faim est entrée par effraction. J’ouvre alors la fermeture éclair de mon sac à dos, plonge ma main dans sa gueule, farfouille dans son obscurité éparse et y retire un paquet de sucreries multicolores en forme de crocodile.

Le rituel gourmand peut alors commencer. Je déchire, tout d’abord, le sachet sauvagement avec mon armée de dents. Puis, je le penche doucement vers ma main afin d’y déverser un bout de l’arc-en-ciel sucré qu’il contient. Je me délecte enfin des quelques rayons colorés recueillis, envoyant les crocodiles miniatures dévorer ce terrible monstre que l’on nomme craintivement « la faim ». À mon avis, ce monstre-là doit être un sacré rancunier !

Même après une raclée, il réapparaît toujours rapidement, à l’instar d’un phœnix1. Si la faim est vraiment un oiseau fantastique, je comprends qu’il lui arrive d’être de mauvaise humeur car il ne doit pas y avoir beaucoup de place pour voler dans nos estomacs.

Le sifflet de départ se fait entendre et la locomotive quitte paresseusement ses starting-blocks sur mesure. Je regarde à travers la vitre. La brume se fait de plus en plus clémente, emmitouflant la gare dans son duvet dentelé de nuage. La nuit commence déjà à tomber ; les rares personnes encore présentes sur la voie apparaissent comme des ombres mouvantes et éphémères. La brume et la distance les dérobent peu à peu à mon champ de vision. Le train prend de la vitesse, faisant défiler les paysages nocturnes à la manière d’une pellicule de film. Le court métrage d’aujourd’hui présente la quiétude d’une ville s’ensommeillant peu à peu. J’aperçois quelques voitures, celles-ci prennent des allures fantomatiques, semblant flotter sur une mer de brume. On ne voit bientôt plus que leurs deux gros yeux briller à travers le brouillard. Roulant ou volant prudemment, elles se suivent scolairement les unes derrière les autres dans des rangs vaporeux.

Je détourne mes yeux du spectacle extérieur et jette un regard vers mes compagnons de voyage. Habituellement, lorsque je m’ennuie dans un lieu public, qu’il soit mobile ou non, un de mes passe-temps favoris consiste à observer mes comparses humains ou objets et d’imaginer quelle peut bien être leur vie ou leur histoire.

Évidemment, quand on aime s’amuser et que l’on a de l’imagination, on s’éloigne rapidement du plausible et cela plus ou moins consciemment. Ainsi, chaque cobaye de mon imagination se voit doté d’un destin hors du commun qui doit assurément être à quelques années-lumière de la réalité. Par exemple le vieil homme moustachu sur ma droite, celui qui se sert de la vitre comme d’un oreiller, eh bien, malgré son imperméable et son parapluie noir, je doute que ce soit un agent secret à la retraite ayant sauvé sept fois le monde d’une fin tragique. Et son parapluie n’a sûrement pas de fonction hélicoptère, lance-flamme, bouclier à ultra-sons ou encore l’option très pratique de tire-bouchon. Enfin, je suppose qu’il le protège très bien de la pluie. Et puis, au moins, il n’y a aucun risque lors d’une soirée pluvieuse et arrosée entre amis de confondre la fonction antipluie et hélicoptère (car cela doit être plutôt gênant de s’envoler brutalement à la sortie d’un restaurant).

Mes yeux continuent à balayer le compartiment. Chacun semble baigner dans un langoureux silence, doucement bercé par le léger ronronnement du train, véritable tigre mécanique. Le seul effort se résume à tourner les pages d’un livre. Alors moi aussi je melaisse porter, emporter par cette paresse bienfaisante. Et je m’imagine sur le dos d’un tapis volant ayant le royaume des rêves pour destination.

Une page se tourne. Mes paupières se ferment.

1 Le phénix est un oiseau mythique qui selon la légende renaît de ses cendres. C’est un peu le Wolverine des volatiles.

1 avis pour Le Piano Aphone

  1. Note 4 sur 5

    Un ange noir

    Qui n’a jamais rêvé d’évasion ? Qui n’a jamais voulu découvrir d’autres mondes que le nôtre ? C’est ce que nous propose Pierre Benazech dans Le Piano Aphone ! Avec de telles promesses, je ne peux que lever la main et espérer être choisi.
    Lorsque débute le récit, rien ne laisse présager ce voyage vers un ailleurs fantasmagorique. On découvre un jeune homme dans une scène qui nous parait d’une banalité totale. Mais bien vite, tout change, on bascule dans l’onirisme le plus complet au fil des pages et l’on fait des rencontres hors du commun. Ces rencontres rythment l’histoire et nous entraînent plus encore dans cette fuite loin de la réalité. On se prend d’affection pour ces personnages ainsi que pour notre héros.
    Même si l’on ressent que Le Piano Aphone s’adresse à un public assez jeune, on ne peut qu’apprécier la plume de l’auteur. Il semble réciter un poème tout au long du récit tant les comparaisons sont des plus imagées et fantasques. C’est un gros plus pour l’histoire, car ça rajoute bien plus encore au côté magique et irréel de ce livre.
    Complètement sous le charme, on tourne les pages à toute vitesse pour mieux nous laisser surprendre par le dénouement. Celui-ci arrive comme le réveil le matin vient nous sortir de nos doux rêves. On regrette déjà ce sommeil où l’on était si bien, plongé dans ces songes si merveilleux.
    Le Piano Aphone, au fil de sa lecture, nous fait penser à des œuvres telles qu’Alice au pays des merveilles. On ressent le même sentiment de partir dans un autre monde sans pourtant quitter le nôtre. Le livre rivé à nos mains et nos yeux parcourant avidement les mots.

    On ne peut donc que saluer l’invitation au voyage fantasmagorique que nous propose Pierre Benazech en nous entraînant dans cet ailleurs onirique aux descriptions si imagées. A nos yeux et à notre esprit persistent ces paysages et ces personnages qui ne nous demandent juste une chose : Garder votre âme d’enfant et rejoignez-nous !

Ajouter un Avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WordPress spam bloqué par CleanTalk.